L’humiliation

Je suis né à l’âge de 12 ans.

Je suis né en salle de classe, j’étais assis sur ma chaise, muet, discret, je n’écoutais rien, ne comprenais rien. Je vivais en dehors de mon corps.

Mon esprit partait en balade dans des mondes imaginaires.

Je partais loin, très loin, dans des contrées que seuls les esprits peuvent connaître.

Puis, un jour, il est mort ; Et je suis né.

Il est venu en moi, m’a traversé. Il m’a parlé de ses erreurs, de ses fautes, un pardon, puis une libération. De lui à moi, il a vidé son amour, et m’a offert ses pardons.

Puis la maîtresse d’école est venue me taper sur l’épaule pour me demander si j’étais là. Car j’étais sûrement en transe, le visage fixe comme une statue de pierre, observant le vide. Nos esprits se sont détachés, et il est parti dans le monde de l’Au-delà.

À ma maîtresse d’école, je lui ai juste dit :

« Mon papa est mort. »

« Il est mort et ta mère te laisse venir en classe… » Patati, patata…

Comment expliquer à un humain adulte, conditionné, vivant dans le monde des solides, que mon père venait de mourir, et que je devais être au courant bien avant « tout le monde. »

Je savais déjà que je trouverais toute ma famille chez moi en rentrant de l’école.

Je n’ai pas pleuré, car son corps était parti, et son esprit vivait encore.

Son corps était mort pendant la nuit, il a dû se balader quelque temps avant de venir me traverser, moi l’enfant somnambule qui vivait ailleurs, totalement réceptif de l’accueillir.

Je n’eus aucune surprise à l’annonce de ma mère quand je suis rentré chez moi, je le savais, mais je n’ai rien dis. Je me suis assis sur mon lit et j’ai eu honte. Honte de ne pas pleurer, honte de ne pas être triste, honte même de me sentir libre. Mais je pense que cette liberté venait aussi de ces paroles intérieures qu’il m’avait offertes.

À 12 ans, je suis né, je n’avais plus peur de lui, plus peur des autres.

J’étais enfin libre, libre de vivre et de jouer, libre d’être.

Avant mes 12 ans, je n’ai pas grands souvenirs, juste peut-être le souvenir d’un enfant autiste qui vivait sans vivre, accroché à son monde.

Souvenir d’avoir été le psychanalyste jusqu’à l’âge de huit ans, d’un homme torturé par la misère du monde et qui le soir venu, venait saoul me raconter la guerre.

Cette guerre qui lui avait fait plus de mal que la mort. Cette guerre où il avait retiré la vie à d’autres humains, où il avait torturé des corps et saccagé des esprits. Et perdu dans la connerie humaine le sien.

Le doux nom de post traumatique de guerre était sa maladie. L’alcool lui offrait des apaisements à ses pulsions, ses surdoses de violence et d’adrénaline. Il les comblait par le massacre de son corps grâce à un poison qui le plongeait plus profondément dans un océan de noirceur. Puis une nuit, il est parti au travail en urgence sur sa mobylette.

Ma mère m’a pris par la main, et nous nous sommes enfuis.

J’ai vécu, çà et là dans ma famille, avec frères, sœurs, oncles et tantes ; muet, gentil, avec cette toux et mes gouttes de Valium®.

Jusqu’au jour de sa visite, je vivais dans une peur intérieure, jusqu’au jour de sa visite, mon esprit vivait ailleurs.

Avant mes 12 ans, j’étais un enfant que l’on ne dérangeait pas, car il ne dérangeait personne.

Un enfant muet et calme, qui pleurait à chaque fois que les adultes l’interrogeaient.

Qui vivait dans le monde des pensées et de l’imaginaire.

Et pour ne pas être ennuyé, j’étais devenu un maître de la dissimulation.

Je jouais des heures avec mes jouets. Mon imagination débordait d’histoires. Ma sœur m’avait offert un VICTOR, petit jeu de calcul à neuf niveaux d’addition, soustraction, multiplication et division. Je ne jouais pas, je supputais l’espace de chiffres qui se coupaient, se mélangeaient, se croisaient pour finir par un résultat, et ceci à l’infini.

À 12 ans, je n’avais aucune notion de l’école. J’y étais sans y être.

À mon réveil, je ne pleurais plus, mais je vivais toujours loin du monde des corps.

Et je me suis réveillé CANCRE.

Je ne comprenais vraiment rien à rien, le français était pour moi une torture, car je ne connaissais aucune règle et que la logique de la conjugaison et de la grammaire était pour moi complètement stupide. Donc, je remplissais ma feuille d’interro ou de dictée le plus vite possible, avec des inventions qui se résumaient souvent à de la phonétique pour rejoindre mon imaginaire. J’étais dans le monde des dinosaures, de Robinson Crusoé, d’un capitaine de bateau de pirates à la recherche d’un trésor.

Des rêves éveillés, des films plein la tête. Et personne pour venir m’en sortir.

Les yeux ouverts, fixés sur un point, je partais. À 12 ans, je méditais à profusion. J’étais capable de faire le vide total de mes pensées. Pour moi, c’était logique, accessible à chacun de nous, facile. Mais je compris par la suite que beaucoup d’humains passaient leur vie à chercher comment faire cela. Et moi, je partais en un instant de la réalité, comme on met « pause » sur la télécommande d’une télévision.

Nous avions deux professeurs, une de français et d’histoire géo, très gentille, mais qui me considérait comme un moins que rien, et qui ne m’a jamais vraiment considéré autrement que comme un meuble. Et une maîtresse de mathématiques qui…

Et oui, la seule matière, où j’étais vraiment très bon, était les mathématiques, mais une frustration totale venait de cette prof qui, je pense, m’aurait bien mis chez les fous.

Au début de l’année, je changeais de place tous les trois jours, elle fouillait mes affaires pour trouver ma calculette, elle me mettait seul au fond de la classe pendant les contrôles.

Et moi, je bougeais comme on bouge un meuble, jusqu’à atterrir à côté d’une fille qui comprenait autant les mathématiques que moi la grammaire et la conjugaison.

J’ai le souvenir de ce tableau qui s’ouvrait le matin, avec ses dix questions mathématiques, et en deux temps trois mouvements, je levais mon ardoise aux résultats exacts. Et cette maîtresse qui m’observait pour bien regarder si je ne manipulais pas une calculette en grand magicien tel Houdini. Je n’ai même pas souvenir d’avoir eu une calculette un jour dans mon cartable.

Puis, à une autre occasion, elle m’a fait venir au tableau avec un calcul qui devait être sûrement compliqué pour un gamin de mon âge, et elle m’a demandé de répondre à ça… « Ça » était un calcul qui devait sûrement m’humilier et la rendre victorieuse aux yeux de tous. Je sentais une tension très forte chez cette jeune femme. Alors j’ai répondu après une courte réflexion, et le résultat était juste.

Elle m’a demandé de lui expliquer mon raisonnement, de savoir comment j’en arrivais là. Alors je lui ai expliqué ; j’ai ce souvenir confus, d’un Chinois qui parle à une Japonaise. Mais expliquer à une sourde qui ne comprend pas votre langue, relève de l’impossible. Alors, pour le reste de l’année, j’ai sagement posé mes calculs comme tout le monde et je me suis enterré.

L’année de sixième est venue, et au bout de deux mois, je détestais définitivement le système scolaire. Mais j’ai eu la chance d’être malade, une hépatite alimentaire m’a mise en quarantaine, je suis resté le restant de l’année chez moi, ensuite chez ma sœur à la campagne. J’ai beaucoup dormi, j’ai vécu en mode léthargique, mon univers débordait d’histoires dans ma chambre de cet appartement de la région parisienne. Chez ma sœur, je passais ma vie à regarder les souffleurs de verre et à aller à la pêche.

Mais je pense n’avoir fait aucun devoir ni leçon. Ma gentillesse était telle que même mes parents ne s’inquiétaient pas pour moi. Ma mère et mon beau-père n’avaient pas vraiment connu l’école, à 14 ans, ils travaillaient déjà…

– Ce garçon sera un manuel…

Mon premier CP, à Avallon, je l’ai redoublé, car je pleurais tout le temps.

Je n’ai que le souvenir de Noémie, ma seule amie de l’époque que j’aimerais, soit dit en passant, beaucoup revoir, elle reste ma seule douceur de classe.

Mon deuxième CP fut dans une classe de handicapées mentales.

Ensuite, nous sommes partis en région parisienne.

Entre le CE1 et le CM1, je pense avoir changé six ou sept fois d’école et l’univers de mes lieux d’accueil était loin d’être sain. Mais il y avait de l’amour, et c’est le principal.

En CE2, j’ai retrouvé ma mère, nous pouvions enfin vivre ensemble. Ma mère, mon beau-père et moi vivions dans 15 m2, une chambre à côté d’un dancing, une sorte de garage pour miséreux. Mais pour moi, c’était l’accalmie. Puis Sannois est la résidence de tous mes plaisirs et de mes jeux.

La stabilisation en CM1 ; le réveil et le calvaire.

Voilà comment je suis arrivé, une seconde fois, en sixième avec une base à peu près nulle.

Mais ne pouvant plus redoubler et étant un gentil cancre, j’ai passé cette classe, car il ne pouvait en être autrement. La cinquième fut plus simple, car nous avions monté un groupe de loosers. « Loosers » qui par terminologie faisait partie de mes cinquante mots d’anglais connus. Nous n’étions pas méchants, mais vraiment pas bons. Nous faisions des concours de fautes d’orthographe qui amusaient beaucoup notre professeur.

C’est avec du recul, que je me rends compte que cette femme adorait mes rédactions.

Nous faisions des rédactions constamment, et j’aimais la douceur de cette prof, qui par indulgence, ne me retirait que quelques points pour mes fautes.

Mais elle ne pouvait s’occuper de moi, car mon niveau était si médiocre, qu’il lui aurait fallu me réapprendre toutes les bases du français. Et moi, je ne jurais que par sa poitrine généreuse, qui me laissait rêveur. Le massacre des lectures de groupe, ou quand elle m’interrogeait, je me retrouvais à lire à haute voix, tremblant et cafouillant des phrases dans une lenteur qui n’offrait qu’à mon auditoire, rires ou empathie. Je ne savais bien décrire qu’après plusieurs lectures dans ma tête les questions des interrogations, donc même étant un cancre, je ne faisais que rarement de hors sujet.

Puis un jour, je suis revenu de vacance, les dernières vacances avant la fin de l’année scolaire et par dépit, elle me demanda de lire.

Je ne peux me lancer des louanges ou dire que ma lecture était magnifique, de par son interprétation, mais je savais lire.

Et ce n’est pas M. Kessel et sa « cicatrice », ni les morceaux de M. Hugo et de son Gavroche, ni aucun des classiques de la littérature française qui, soit dit en passant, nous emmerdaient au plus haut point, qui m’apprit à lire.

Je ne comprenais pas et je ne comprends toujours pas, comment des gosses qui ont entre douze et seize ans peuvent digérer des auteurs comme Zola et son Assommoir, Hugo et ses Misérables, Maupassant et son livre le plus glauque qu’est Le Horla, Proust et sa Recherche du temps perdu, et Madame Bovary de Flaubert, etc. Alors oui, je les ai lus, mais plus tard, après ma scolarité. Je les ai dévorés avec passions. Mais en cinquième, j’en avais dégoût. Et je pense que la plupart de mes camarades se foutaient royalement deMadame Bovary et de sa vie de merde.

C’était comme demander de courir avant de savoir marcher. Car nous étions en banlieue parisienne, et les gosses de mon quartier étaient bien loin de toutes ses histoires d’adultes ou du passé.

Oui, ce jour-là, je savais lire. Mais comment répondre à cette interrogation soudaine ?

– As-tu eu des cours de français pendant tes vacances ?

Comment expliquer que j’avais, avec des amis, trouvé un sac-poubelle rempli de magazines de cul, et que par envie de savoir, j’avais laissé les magazines à images à mes copains pour souiller leurs draps, alors que moi, j’avais trouvé un trésor bien plus grand. C’est avec Union, magazine érotique sensuel à textes, que j’appris à lire ; Les Odeurs de JasmineRencontre dans les boisPrémisses du clitoris.

Moi, Alexandre Lecouillard, je découvrais le jardin interdit, le savoir absolu de l’amant en devenir, les secrets des préliminaires et la théorie de l’orgasme… Les désirs des femmes, le pouvoir des caresses, les secrets du sexe.

Je savais, avant ma première fois, qu’il n’y avait pas de place pour l’égoïsme dans le sexe, que le mot d’ordre était IMAGINATION. Et ma vie n’était qu’imagination ! Je compris aussi que trop d’hommes baisaient avec leur queue, et que les meilleurs amants étaient des lesbiennes au masculin.

Qu’ils étaient beaux ses mots : Cunnilingus, clitoris, urètre, prépuce, orgasme, préliminaires, jouissance. J’étais presque un homme ! Enfin, en théorie…

J’ai changé de collège pour faire une quatrième et une troisième technologique dans une ZEP de renom. Les profs étaient usés par la fatigue.

Je passais plus de temps à sécher les cours pour aller jouer à la pétanque avec mes potes du square, car Marcel, René, Gilbert, Ben, Gadaillant, Michel et les autres m’aimaient bien. Puis la pétanque était une passion et l’école était devenue une douleur. Une douleur terrible qui me donnait des boules au ventre, des envies de vomir, des insomnies, un stress incroyable. L’école était une punition.

Quelques professeurs me rabaissaient constamment, j’étais un cancre et ils me le faisaient savoir. J’étais un cancre, un fainéant, un nul, un futur chômeur, un rien du tout, un meuble.

J’étais mes mauvaises notes. Sauf en mathématiques et en sciences où là, tout le monde trouvait ça normal. J’attendais le facteur pour ne pas que ma mère tombe sur le bulletin, et ne pas en reprendre une couche. Mais à quoi bon, je lui montrais par respect et j’en reprenais une couche. Mais ma mère me voyait et me savait différent du reste du monde. Car oui, j’étais libre et différent, j’étais un passionné de l’imaginaire, un inventeur d’histoires, un créateur de rêve, un fou, un passionné qui avait décidé de vivre comme bon lui semble, mais dans le respect d’autrui.

Je n’avais qu’un seul mot d’ordre : ne pas faire de bêtise, ne pas finir au poste de police, ne pas faire de mal à ma mère qui en avait assez bavé dans la vie. Et ceci, je l’ai respecté et je le respecte encore plus aujourd’hui, car je suis sur le chemin des maîtres de la sagesse.

Je dégonflais les pneus de mon vélo pour arriver en retard avec une excuse et pour finir en « permanence », car là, il n’y avait pas de notes, pas de critiques assassines, pas de rabaissement, pas de jugement ni de moqueries ou de contrôles…

J’avais une pionne complice qui m’aidait à ne pas être pris et puni.

Le soir, je partais avec les boules de pétanque dans mon cartable rejoindre les adultes.

Et là, j’étais bien, respecté et je dialoguais de choses qui n’étaient pas de mon âge.

Je suis passé d’enfant à adulte. La jeunesse était à mes yeux stupide et bête. Mes camarades étaient aussi méchants que les professeurs, mais j’avais une raison, je les comprenais, car j’étais un idiot incapable d’être bon en classe. Nous étions des petits groupes d’exclus.

Dans toute ma scolarité, mes véritables camarades étaient les cancres, les moches, les intellos, les gros, les boutonneux et toutes les personnes qui ne rentraient pas dans la norme. Mais moi, j’étais grand, maigre, boutonneux, cancre, je jouais à la pétanque et j’avais un nom de famille plus lourd que mon cartable ; LECOUILLARD était collé à toutes les bouches des méchants élèves.

« Ce que la bouche s’accoutume à dire, le cœur s’accoutume à croire. » Baudelaire.

L’auto-conditionnement mental. Ils disaient que j’étais un cancre, donc je l’étais.

Pourquoi alors étudier et chercher à savoir ? J’étais mes notes, j’étais un mauvais élève avant d’être un individu. Je me suis réfugié dans la pétanque avec plaisir.

J’ai appris la vie en observant le monde, et ceci ne s’apprend pas à l’école.

Mon conseiller d’éducation m’a interrogé cinq minutes. Mais il avait mes notes sous les yeux, et j’étais bon en math, alors je devais faire mécanique générale.

Cinq minutes dans la vie d’un gosse perdu. Et le conseiller ne m’a pas écouté une seconde.

Le verdict est tombé sans autres choix, et avec une voix grave, il m’a sermonné sur ma nullité, sur mon manque d’enthousiasme.

Je ne savais même pas que ce mot était possible à l’école. Mais je m’en foutais royalement, car j’étais libre. Libre de rentrer chez moi et de sortir, libre d’être dans ma tête. Une prof en cinquième m’avait dit que je finirais éboueur ou déménageur. Et je le pensais. Son jugement était sûrement bon. Les ânes ne deviennent pas des chevaux de course.

Mon BEP mécanique fut une découverte. Je suis arrivé les mains dans les poches, sans même savoir à quoi correspondait mon futur métier. J’ai passé les deux premiers mois à draguer les filles du lycée classique d’en face, sans grand résultat. C’est très joli Enghien les bains !

J’ai mieux connu la ville que le lycée. Puis je suis parti avant la fin du premier trimestre, car la mécanique était un métier qui n’était pas pour moi. Et je désirais jouer à la pétanque.

L’État m’a envoyé une lettre pour me dire qu’il fallait que je refasse une année d’études, car je n’étais pas majeur. « Étude » est un bien grand mot.

Le bilan de ma vie à l’école était assez étrange, j’étais un cancre et je le croyais.

Mes parents n’avaient jamais été convoqués par les profs.

Ils n’ont assisté à aucune rencontre parents-professeurs.

Je n’avais passé que quelques minutes chez les conseillers d’orientation, et toujours pour me faire rabaisser et me dire que je n’y arriverais pas, et ce, avec des tonnes de sermons à la con. La morale de l’adulte qui encourage par des critiques destructrices !

Les profs avaient des classes surchargées d’élèves de tous milieux, des gosses de familles nombreuses, des parents qui ne parlaient presque pas français, des élèves de cité livrés pour beaucoup à eux-mêmes, des jeunes sans but ni modèle.

Un dernier redoublement en classe de seconde. J’ai pris plomberie. C’était un CAP, et le niveau paraissait si haut, d’après les élèves du bahut, que je sentais vraiment que les profs oublieraient de me faire chier, car nous étions tous dans le même panier.

Un panier de cancres. Les vrais qui sont là car « on ne sait pas quoi en faire », ceux qui ne savent presque pas lire, pas écrire, pas compter. Une salle d’attente pour élèves en perdition qui deviendraient, avec un peu de chance, plombier à leur compte.

J’avais autant envie d’être plombier que d’être derrière une machine-outil.

Je me demande combien sont plombier aujourd’hui ? Deux ou trois…

Si j’avais eu à choisir, j’aurais pris une année de remise à niveau, plutôt que d’étudier un domaine que j’étais certain de ne pas exercer.

Mais bon, le lycée était à côté de chez moi.

Ma tête inventait des histoires et à 17 ans je me considérais comme un idiot libre et passionné de musique et de femmes.

Un idiot capable d’emballer plus vite que la musique, un charmeur, un menteur, un habile manipulateur d’esprits fragiles, un gentil filou qui connaissait la musique. Un gosse perdu mais un peu chef dans l’âme. Un cancre, stupide et inutile. Voilà comment je me voyais.

Alors je suis allé à ma première journée de CAP Plomberie.

Les mains dans les poches, avec un papier et un stylo. Je suis arrivé devant un algeco tout pourri, un petit bonhomme était devant avec son bleu de travail. C’était mon professeur principal, mon prof de plomberie. Un autre élève est arrivé, et nous sommes restés devant en attendant d’autres élèves. Mais c’était grève SNCF et en banlieue une grève de train est un motif suffisant, si de plus il fait beau, pour ne pas venir en classe. Alors au bout d’une heure, l’élève est rentré chez lui. Et nous nous sommes assis pour discuter de la vie. Je ne me souviens plus de notre conversation, mais je répondais à ses questions. Il m’a posé beaucoup de questions sur la vie et tout ce qui l’entoure. Pour moi, il n’était qu’un homme comme les autres, les adultes faisaient partie de ma vie. Avec la pétanque, mes amis avaient quand même quelques années de plus. Alors nous sommes restés ensemble toute la journée avec plaisir.

Je suis revenu le lendemain, et toujours grève.

Une intimité intellectuelle s’est formée, une sympathie. Je ne me suis pas rendu compte de pourquoi cet homme me pausait toutes ces questions. Mais avant de partir, il m’a demandé pourquoi j’étais là ? Il avait vu quantité de gosses défiler dans sa vie, et en concluait que ma place n’était pas là. Que j’étais intelligent, avec un sens de la logique et de l’analyse, du bons sens et doué de raisonnement. Je suis rentré chez moi, différent. Le cancre existait toujours, mais l’idiot était mort. Et ceci, à tout jamais.

Lorsque je suis revenu le lundi, ma classe était là. Un petit groupe de jeunes, plutôt sympas mais perdus. Nous nous sommes assis, il a fait les présentations et a eu une parole qui, je pense, a bouleversé ma vie.

– Donc, je présume que, comme d’habitude, personne n’a envie d’être chef de classe ? Donc, c’est tout vu, Alexandre Lecouillard sera votre chef de classe !

La surprise…

Mon année scolaire fut très riche, car j’avais confiance en moi. Mes notes étaient bonnes et j’étais un chef de classe exemplaire.

À la fin de l’année, M. Ollatz m’a dit de partir sur le marché du travail.

Des années d’intérim et de passions.

Puis un jour, j’ai voulu lire…  et Je suis devenu agent de sécurité.

J’ai lu : Maupassant, Zweig, Zola, Proust, Gogol, Werber, Nothomb, Reeves, d’Ormesson, Baudelaire, Verlaine, Hess, etc. des milliers de bouquins…

Je suis devenu un personnage de roman. La vie était un grand théâtre où j’étais le personnage principal, le dialoguiste à la verve brûlante, un scénariste sans scrupule.

Une revanche à la connerie humaine, une haine et un dégoût des institutions.

Un ego sans mesure, un regard hautain pour autrui et plein de peurs dans la tête.

Le cancre n’était pas mort, je l’avais juste enfoui.

Je me suis tué par peur, et de toutes mes peurs, la plus grande était moi-même.

L’alcool, les femmes, les sorties, le manque de sommeil.

Puis j’ai touché le fond de l’abîme, l’ange noir avait brûlé les ailes d’une fée.

Et au fond de l’abîme, je me suis pausé, j’ai combattu tous mes démons et mes anges m’ont offert les armes : les livres de grands maîtres comme Confucius, Dalaï-lama, Coelho, Lao-Tseu, Kant, Ruiz, Coué, Kardec, Einstein, Gougaud, Krishnamurti et bien d’autres…

Mais ceci est une autre histoire !

CONCLUSION

Je vous demanderai en premier lieu de retirer de vos esprits toute empathie, car aujourd’hui je suis un homme heureux, et conscient qu’il marche sur un chemin de sagesse, de philosophie et de bonheur. Aujourd’hui, je n’ai plus aucune rage, car la rage est inutile et vaine ; J’ai tout pardonné même les douleurs du passé.

Pour le moment, je me consacre à la pensée, à l’étude, à l’écriture, à aider, à faire de la communication, a CRÉER mes réseaux et à préparer mes futurs projets. Et je vois HAUT et grand! 

je tire un enseignement magistral et une grande force du dur chemin que fut mon passé.

Alors ne m’imaginez pas des malheurs qui n’existeront que dans vos esprits.

Ne m’imaginez pas tout court, prenez juste cette histoire comme une fable écrite à la première personne.

Mon père fut une victime de la guerre, un être qui a subi la bêtise humaine.

Comment ne pas lui pardonner ? Je serais un égoïste de ne pas le faire.

Son esprit a souffert à chaque horreur qu’il a pu faire. Je pense que, sur cette terre, il y a très peu d’humain qui désire faire la guerre et risquer sa peau. Alors je me mets à sa place un instant, et je me demande : « Aurais-je été plus fort que lui ? »

En vouloir au gouvernement de l’époque ? À quoi bon ? Cela ferait-il avancer le présent et rendre plus beau l’avenir ?

Non, tout simplement, non. Vivre dans la haine du passé, c’est refuser de construire l’amour du présent. Ne pas construire le présent, c’est partir sur de fortes probabilités de rater son avenir.

Ma mère m’a fait confiance, une confiance qui m’a offert une chose primordiale dans la vie. Aider les autres et être libre de faire comme bon me semble, sous condition de ne faire aucun mal à autrui. Et je l’aime plus que tout au monde.

 

Je ne désire pas écrire une biographie. Ma vie n’a d’importance que si elle donne à réfléchir. Je vous fais part de ce passage de mon existence pour faire comprendre une réalité : La bêtise de l’humiliation et la non écoute de l’individu.

Les diplômes n’ont plus aucune valeur pour le métier de philosophe et de politique que je suis doucement en train de construire, de forger. Un métier de conviction et de passion des autres, où seule l’expérience, le travail, les bonnes rencontres et le bon sens sont utiles. L’intelligence ne se mesure pas, seules la volonté et les aptitudes comptent.

J’apprends en observant au gré de mes envies, du moment, de l’étude.

J’apprends à regarder autrement, à étudier la vie avec plus de profondeur.

Regarder un oiseau planer dans le ciel et tomber à pic pour attraper une proie est une forme d’étude, elle peut même avoir plus de valeur que des dizaines d’ouvrages littéraires. J’ai donc la liberté de choisir mon institution, de lire de grands penseurs, et de par mon libre arbitre de forger mes propres pensées. J’écoute et j’observe, je prends la vie sur l’instant.

Tous les soirs, j’ai ce rituel de me demander : « Qu’ai-je appris aujourd’hui ? » Une digestion de la connaissance.

Nous faisons tous des erreurs, notre comportement n’est pas toujours bon, et des personnes croisent notre chemin pour nous le montrer.

Se remettre en question est primordial.

« Car qui crois tout savoir, ne sais rien… Je suis plus sage que les autres, car je ne sais rien. » Disait Socrate.

Confucius dit qu’ « Étudier sans penser est vain, mais que penser sans étudier est dangereux. » C’est vrai, mais le mot étudier doit avoir le sens du regard du monde, et non pas uniquement celui des livres ou des professeurs.

Une personne simple mais passionnée, qui a les yeux qui brillent en parlant d’un sujet qu’elle connaît bien, vaut bien plus pour moi qu’un savant qui cherchera à vous expliquer un savoir qu’il ne détient pas.

La non écoute de l’individu.

L’enfant a un esprit comme les autres. L’enfant est un individu unique avec des rêves, des envies, des passions, des désirs, des folies. L’enfant est un adulte en devenir.

Nous pourrions changer les programmes scolaires, modifier le mode de fonctionnement et les horaires, tenter toutes les expériences du monde pour avoir une meilleure éducation, tant que l’enfant ne sera pas écouté, tant que l’on ne prendra pas la peine de le regarder et de savoir à quoi il aspire en tant qu’individu, il y aura de très fortes chances qu’il rate sa vie professionnelle et même sa vie tout court.

Je pense que si quelques personnes de l’éducation m’avaient écouté avec intérêt pendant mon enfance, je serais devenu un bon élève.

Peut-être aurais-je triplé une classe pour reprendre les bases ? Et alors ?

S’ils m’avaient écouté, je serais sûrement devenu archéologue, préhistorien, naturaliste ou inspiré par une tout autre passion qui m’aurait donné des ailes.

Car seule la passion nous donne ce désir de nous lever le matin.

Je n’ai aucun regret, j’ai eu une bonne étoile. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

LA PASSION

L’école apprend des matières, donne des devoirs. Elle nous apprend à apprendre.

Mais jamais, elle n’interroge l’individu sur ses envies et ses passions, sur son savoir-faire et ses expériences ou son vécu.

L’éducation n’apprend pas la vie, elle présente des schémas pour parvenir jusqu’à un travail, une situation, un CV. Elle n’apprend pas la liberté, mais au contraire elle conditionne à être dans un moule. Elle vous donne des choses à apprendre, mais n’offre pas la manière de les digérer.

Un gamin qui a, par exemple, comme passion les avions, finira expert-comptable dans un bureau. Un gosse qui désire voir le monde sera derrière une machine-outil, et la gamine qui rêve de devenir sage-femme sera esthéticienne…

L’orientation dès l’enfance a un coût, c’est un prix à payer pour entourer de spécialistes des individus qui cherchent leur voie.

Mais ceci est une économie, car une personne passionnée travaille mieux, elle est moins malade, et surtout elle ne fera pas quarante stages inutiles chez Pôle Emploi.

De plus, une personne qui vit de sa passion et souvent plus apte à être heureuse et à rendre heureuses les autres.

Mais le bonheur en politique se mesure en pouvoir d’achat. Il suffit d’écouter les médias pour entendre que le moral des familles est « en hausse ou en baisse. »

Ils mesurent un sentiment !   C’est une notion qui me dépasse.

Le bon sens a du mal à être validé par nos politiques qui supputent au quinquennat.

 HUMILIATION

Voici une notion qui doit à tout prix disparaître. Ou alors, il faut partir du principe que si l’enfant est mauvais, c’est que le professeur est mauvais, et si le professeur est mauvais…

Mais ceci est inexact. Même si la fonction de professeur doit être exercée avec passion, et qu’il y a des gens qui ont réussi un concours et qui n’ont rien à faire dans l’éducation…

Enfin, des gens sûrement mal orientés pendant leur enfance…

L’écoute donc est primordiale.

Mais la confiance est tout aussi importante. Un élève qui se répétera : « Je suis nul, je n’y arrive pas, c’est trop dur » est déjà en échec, et fatalement n’y arrivera pas.

Pourquoi ne pas mettre quelques sujets sur la confiance en soi ?

Pourquoi ne pas apprendre « la pensée positive » ?

Pourquoi M. Coué, que j’enseigne en partie, n’aurait-il pas sa place au programme ?

Ah OUI, le coût… Aidez un individu à se construire fort et confiant, et il fera des miracles. Laissez-le ne pas croire en lui et il ratera sa vie.

Le sujet et si passionnant que je pourrais vous en pondre un livre.

Mais le fond est là. Arrêtez l’humiliation.

 MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION

C’est beau un ministre ! Il se lève le matin avec ses convictions et décide de par son expérience de faire sa sauce sans véritable dialogue.

Il a été à l’école, donc il juge son raisonnement sur son vécu.

Puis il négocie avec des syndicalistes qui demandent plus d’enseignement et plus de moyens. Les supputations ne changent rien à la forme.

Car l’éducation reste, à quelques choses près, la même depuis fort longtemps.

Des gosses entre quatre murs qui apprennent un tas de choses inutiles par des enseignants qui ont pleine conscience de cette même inutilité.

Des programmes qui servent à programmer la masse, qui vous apprennent à devenir et non à être.

Le dialogue sera un des grands thèmes de mon livre politique.

Les réformes de l’éducation devront être faites par les enseignants, les éducateurs, les spécialistes mais aussi les élèves. Il est important d’essayer de comprendre comment faire pour que le système se porte mieux. 

Alors oui, le ministre doit sortir de son bureau et organiser des dialogues, il est impératif de faire des groupes de travail avec des professionnels de l’éducation, des sociologues, des spécialistes pour faire des questionnaires valables, et rendre les idées, sur un changement, vraiment performantes.

Un questionnaire pour les professeurs, un questionnaire pour les élèves…

Faire des délégués régionaux présentant des solutions et des propositions faites en commun pour de réels changements, et ceci sans oublier d’écouter aucune des parties de l’éducation.

Les enseignants ne sont pas écoutés, et les élèves non plus.

Et cela doit être le premier changement.

Internet a ce pouvoir d’interaction qui permet les débats…

Puissiez-vous débattre avec ferveur sur ce sujet ?

Et n’oubliez pas que de l’autre côté de l’écran, vous avez des êtres humains, il est inutile de cracher vos rages ou de vous énerver.

Soufflez deux minutes et soyez doux dans vos propos.

Je vous invite venir commenter le lien sur Mon compte Horyou (Plus simple) ou sur ma page Facebook. Et n’hésitez pas à écrire une phrase en partageant ce texte. 

Merci.

 ALEXANDRE LECOUILLARD.

Correction Christelle Gros : https://www.facebook.com/christelle.gros2?sk=info