Je me bats

Je me bats

Même si l’heure est parfois à la désespérance
Attendu que la frime gouverne et fait sa loi
Même si les années dans lesquelles on s’avance
Ont la couleur du triste et du chacun pour soi
Même si le bonheur n’est plus une évidence
Mais semble s’éloigner à chacun de nos pas
Même si l’on me dit que c’est perdu d’avance
Que le monde est ainsi et qu’on n’a pas le choix

Je me bats

Même si maintenant c’est être en résistance
Et risquer d’être seul que d’élever la voix
Pour dire sans relâche l’incroyable arrogance
Des plus riches que tous, des maîtres d’ici-bas
Même si le normal, c’est l’infinie souffrance
Des enfants décharnés aux yeux vidés, sans joie
Même si le correct se nomme indifférence
Même s’ils parlent fort ceux qui baissent les bras

Je me bats

Je suis d’un temps d’espoir, d’un temps de délivrance
Où l’on osait rêver, et les peuples là-bas
Faisaient tomber leurs chaînes et brisaient le silence
Oh les jolis printemps au parfum de lilas
Devant nous se levaient des matins d’innocence
Plus jamais il n’y aurait d’humiliés, de parias
Plus jamais d’esclavage, et plus de violence
N’était-ce pas simplement raison, dites-moi?

Je me bats

Aujourd’hui les passants sous les néons sinistres
Vont chacun dans leur bulle et pressent un peu le pas
Les voyous brassent l’or, les bornés sont ministres
Et l’on met chapeau bas devant les renégats
L’époque est au commerce l’époque est aux combines
L’homme n’est qu’un objet que la finance broie
Le futile et l’idiot remplissent les vitrines
Cependant qu’au lointain ricane l’argent roi

Je me bats

Avec mes pauvres mots, qui sont mes seules armes
Avec les sacrifiés, les vaincus d’autrefois
Tous ceux qui n’avaient rien que leur sang et leurs larmes
Les mineurs, les canuts, les pioupious, les sans-droits
Avec les femmes usées, petites sœurs de misère
Des bas quartiers de boue où se terrent les rats
Avec tous ceux d’ici qu’habite la colère
Avec les méprisés et ceux qui n’oublient pas

Je me bats

Si longtemps que j’aurai la force, qu’on le sache
De me tenir debout, de chanter, d’être là
Tant qu’il me restera une once de panache
Tant que dans mes veines un sang rouge coulera
Je me battrai encore et toujours et sans cesse
Pour saluer la vie qui palpite et qui bat
Et quand je m’en irai ce sera sans tristesse
Puisque d’autres viendront qui diront après moi

JE ME BATS

[Michel Bühler]

Il meurt lentement. Poème de Martha Medeiros

« Il meurt lentement celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les cœurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie, n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd’hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d’être heureux! »

Ce poème a été écrit par MARTHA MEDEIROS, poétesse brésilienne…

Et non pas Pablo Neruda

Voilà pourquoi j’ai fait Les Misérables

Lettre de Victor Hugo à Lamartine

 

Mon illustre ami,

Si le radical, c’est l’idéal, oui, je suis radical. Oui, à tous les points de vue, je comprends, je veux et j’appelle le mieux ; le mieux, quoique dénoncé par le proverbe, n’est pas ennemi du bien, car cela reviendrait à dire : le mieux est l’ami du mal. Oui, une société qui admet la misère, oui, une religion qui admet l’enfer, oui, une humanité qui admet la guerre, me semblent une société, une religion et une humanité inférieures, et c’est vers la société d’en haut, vers l’humanité d’en haut et vers la religion d’en haut que je tends : société sans roi, humanité sans frontières, religion sans livre. Oui, je combats le prêtre qui vend le mensonge et le juge qui rend l’injustice. Universaliser la propriété (ce qui est le contraire de l’abolir) en supprimant le parasitisme, c’est-à-dire arriver à ce but : tout homme propriétaire et aucun homme maître, voilà pour moi la véritable économie sociale et politique. Le but est éloigné. Est-ce une raison pour n’y pas marcher ? J’abrège et je me résume. Oui, autant qu’il est permis à l’homme de vouloir, je veux détruire la fatalité humaine ; je condamne l’esclavage, je chasse la misère, j’enseigne l’ignorance, je traite la maladie, j’éclaire la nuit, je hais la haine. Voilà ce que je suis, et voilà pourquoi j’ai fait Les Misérables. Dans ma pensée, Les Misérables ne sont autre chose qu’un livre ayant la fraternité pour base et le progrès pour cime. Maintenant jugez-moi. […]

Je suis un réfugié

Tout est arrivé si vite.
Tout est arrivé si violemment.
Tout est arrivé…
Nous ne pouvions pas dire que nous étions riches mais nous avions de quoi manger, un toit pour dormir et beaucoup d’amour à partager. Nous ne pouvions pas dire que nous étions libres, mais nous étions chez nous, dans notre culture, avec notre mode de vie et malgré le climat politique et les quelques violences passagères nous vivions intérieurement en paix.
Mon père avait voulu que je parte faire des études à l’étranger, que je devienne « quelqu’un d’important » comme il disait. Mais ma culture c’était la terre, cette terre que je cultivais et comme beaucoup je me sentais si bien parmi les miens que je ne souhaitais pas en partir. Il voulait que je fasse des études car j’ai très tôt appris à lire et à chaque fois que l’occasion se présentait je lisais. J’ai lu en cachette des livres interdits par le régime, beaucoup de philosophie, beaucoup de livres historiques mais surtout des essais sociologiques et des livres sur la culture de la terre car je souhaitais la cultiver sainement et offrir mes savoirs aux autres.
Peut-être aurais-je pu être diplômé, avoir un emploi qui me rapporte beaucoup d’argent et voyager. Pendant longtemps je m’en suis voulu de ne pas avoir fait cette démarche, mes proches auraient-eu plus de confort, mais dans mes lectures je fût conforté par l’importance de vivre en accord avec soi-même et je compris que comme beaucoup j’étais un sédentaire.
L’humain est sédentaire, il a besoin très souvent pour vivre ; d’une famille, d’amis, d’un lieu où il se sente bien, et souvent c’est celui de la naissance.
Je ne suis pas parti car déjà tout petit j’étais amoureux, et elle est devenue ma femme, nous avons fait un mariage d’amour, et des enfants, nous avons eu cette chance de nous aimer, cette amour n’est pas brisé mais « elle » n’est plus là.
Ma femme est partie avec notre fils aîné comme tout les dimanches au marché, je les entends encore s’engageant sur le chemin, rire à gorges déployées ; ils étaient si complices. Le soleil venait juste de se lever et moi je pris les deux petits avec moi pour aller se promener au bord de la rivière.
D’habitude ils rentraient vers midi mais ce dimanche ils n’étaient pas là, j’ai attendu sans trop m’inquiéter, j’ai attendu et j’ai commencé à tourner en rond, à aller voir les voisins et nous étions plusieurs à ne pas revoir rentrer les nôtres.
Puis un voisin est arrivé, le visage effrayé, tremblant de tout son corps et il nous a dit qu’un massacre avait-eu lieu et que tout le monde était mort.
Il a dit que nous devions fuir au plus vite car ils passaient dans les villages pour violer et tuer.
Les petits n’ont que six et huit ans, mais ils ont compris, et notre monde c’est écroulé.
Je suis tombé au sol et j’ai pleuré, j’ai hurlé après Dieu « Pourquoi ? Pourquoi nous ? Qu’avons-nous fait ? ».
Le village était en pleurs, la tristesse laissait doucement place à la rage. J’ai pris les enfants par la main et je suis allé voir mon père pour lui dire de garder les enfants, que je devais aller combattre, me venger. Mon père ne disait rien, il était assis regardant le ciel les yeux plein de larmes. C’est alors que j’ai compris « Maman » non « Maman ». Il prit ma main avec douceur et me fit m’asseoir, et calmement me dit. « Tu sais mieux que moi, toi qui est philosophe que la haine n’arrête pas la haine », il m’a parlé avec tendresse et m’a dit de prendre son argent pour partir, pour fuir, que lui était très vieux et que peut-être ils le laisseraient en vie, ou alors il irait rejoindre Dieu, mais nous, nous devions partir.
Je pris mon gros sac, pour que les enfants aient de quoi se changer, avec la trousse de secours, de quoi manger et après un bref adieu à mon père nous sommes partis avec une bonne partie du village La route fût longue jusqu’à la mer, nous avons passé plusieurs jours à marcher, des nuits à ne presque pas dormir. La belle étoile offrait son lot de moustiques, sa fraîche température et les cris et les pleurs des cauchemars nocturnes. Les femmes qui étaient avec nous s’occupaient des enfants, elles essayaient de les rassurer, de les réconforter. Les enfants étaient épuisés de marcher, perdu dans l’incompréhension de cet événement traumatisant.
Nous avons dût donner tout notre argent pour prendre un bateau de fortune, entassés les uns sur les autres, beaucoup étaient malades, le mal de mer donnait un climat agonisant, il n’y avait aucun confort, nous sentions mauvais et les nuits étaient terriblement froides. Plusieurs sont morts pendant le voyage, mort de fatigue, de froid, ils étaient déjà trop fragiles avant de partir. Les passeurs nous parlaient de l’Angleterre, mais je savais que cela était impossible et c’est sur une plage Française que nous sommes arrivés. Les petits étaient malades, ils toussaient, avaient faim et étaient épuisés.
Mais nous devions marcher dans la nuit sur les routes, dans un pays étranger, aucun de nous ne parlait Français et mis à part l’image de la Tour Eiffel, nous ne connaissions rien de ce pays.
La police est arrivée avec des tas de gens, elle nous a donné des couvertures, à boire, à manger, des affaires et plein d’autres choses, nous ne comprenions rien mais nous étions là pour quelques heures de repos et la possibilité de nous nourrir. Des gens nous prenaient en photo, des infirmières venaient à notre rencontre. Puis le camp s’est levé et nous dûmes partir précipitamment, laissant derrière nous un terrain plein de nourriture, de vêtements et d’autres choses que nous ne pouvions pas transporter. Nous avons juste pris l’essentiel, de l’eau, de la nourriture et une couverture pour chacun. Nous avons été amenés dans un camp où depuis nous attendons car il n’y a presque rien à faire et un humain sans occupation dérive vite.
Pour ma part, j’aide les autres qui ont besoin d’écrire et de se faire traduire en anglais. Les tensions montent, les esprits souffrent, nous sommes tous traumatisés et perdus.
Chacun de nous rêve de rentrer au pays, sur notre terre. Mais il y a la mort et la guerre. Hier, un Français m’a entendu parler anglais et il m’a dit. Rentrez dans votre pays, vous n’avez rien à faire ici. Je lui ai simplement répondu:
« mais croyez-vous vraiment que nous sommes heureux d’être là ? »
…………………………………………………………………
( Ceci n’est qu’une histoire, elle ne relate pas tout les problèmes et ne ressemble pas à toutes les histoires, nous devons juste méditer à qui sont les gens qui fuient et pourquoi.)
« La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. » Paul Valéry – 1871-1945
La guerre est un business très lucratif pour une poignée de personnes, pour les autres elle est souffrance.
N’hésitez pas à commenter ci-dessous (en douceur c’est mieux car nous sommes tous des êtres sensibles) Merci.

 

la photo en noir et blanc a été prise par l’Australien Warrren Richardson dans la nuit du 28 août 2015, alors que des réfugiés essayaient de passer en Hongrie.

Le Virage est une invention Française.

Le Creusois Émile Virage est l’inventeur du virage. Eh oui, le virage est une invention Française » »cocorico! ». Le procédé est assez simple, cela consiste à courber une ligne droite pour la faire pencher à droite dans un sens et à gauche dans l’autre. Tout dépend si vous allez ou venez et inversement. Dans les montées et descentes cela permettait aux animaux qui tiraient une chariotes de moins se fatiguer et surtout de pouvoir y arriver. Cela permettait aussi de contourner un obstacle tel un rocher ou une pyramide ou simplement par pur plaisir de faire un virage stylistique et inutile qui fait chier. 
 
Son cousin le rond point arriva bien plus tard, et la naissance de cette idée vint d’une femme Juliette Rond-depoint qui n’était juste que la petite-cousine par alliance d’Henri Poincaré le mathématicien, physicien, philosophe et ingénieur français qui a réalisé des travaux d’importance majeure en optique quand il apprit qu’il allait devenir myope. (Encore une victoire pour Darwin) 
 
Juliette qui au départ continuait les travaux de son cousin Henri sur la théorie du chaos ne comprenait plus rien au sens de son existence, elle était une femme qui avait les idées claires et qui pensait de par la nature de son enfance (élevée par un père militaire et une mère majorette) que tout devait aller Droit.Un matin pourtant, elle emprunta la nouvelle route pour aller au marché de son village son petit panier sous le bras en lisant un article passionnant sur un inventeur Suédois du nom d’Ingvar Kamprad qui avait conçu des meubles en bois à assemblé soi-même. La tête dans son magazine elle marchait et marchait encore quand elle s’arrêta. Elle resta rêveuse un instant car l’inventeur cherchait le nom de son entreprise en création.Elle s’aperçut qu’elle était au même point qu’au départ de la nouvelle route. Comment se dit-elle? Eh oui, les agents de la DDE qui avaient quelques litres dans le nez avaient assemblé 4 virages gauches pour en faire un cercle.
IKEA se dit-elle !
Et voilà comment Juliette Rond-depoint inventa le rond-point et la marque d’un marchand de meubles qui ne se montent, se démontent mais ne se remontent pas.
 
Le rond-point fût adopté en Chiraquie et en quelques mois le pays eut la moitié des ronds-points du monde car par une supputation politique et quelques appels d’offre, un politicard malin pouvait se payer sa piscine ou son nouveau chalet.10 ronds-points achetés = un cadeau offert.
Sans compter les sublimes œuvres d’art aux coûts exorbitants qui étaient payés par le contribuable et ceci sans aucune magouille. 
 
Voilà, ceci était une histoire capillotractée mais pas tout à fait faux.
 
Au passage je passe le bonsoir à Alain Juppé qui a participé à nous faire tourner en rond dans cette histoire sans queue ni tête. 
Bon, moi cela me fait rire.
Alexandre Lecouillard

Quand l’ombre de mon vélo grince

Quand l’ombre de mon vélo grince, sur l’asphalte humide glissent les roues voilées comme mes pensées crevées de tourner en rond. Le soleil au zénith, c’est l’ombre d’un doute qui me suit, je fonce à en perdre haleine, la bouche ouverte au vent d’autan qui me fouette, flagelle mes sens de cette lourde et douce pensée. La retrouver… La sueur coule sur mon corps au sang bouillonnant, dans mes veines coulent l’ivresse de la démence.

Des heures que je roule dans les rues de Toulouse, je vagabonde dans la ville et dans ma tête, noyant un peu plus ma folie dans chaque étape de cette culture amouristique.

Trois soirs plus tôt « zwing » mon vélocipède vélorutionnaire militant, customisé de stickers multicolores, équipé de deux sacoches arrières pour les tracts, d’un panier métallique avant pour la colle, et d’un klaxon en forme de trompette se stoppait net, attaqué par la violence du macadam. Dans un virage sec et humide, un nid de poules, ou plutôt un poulailler était caché par la vision plus haute d’une publicité pour sous-vêtements féminins affriolants. L’étourdissement de cette vision charnelle me fit perdre garde. Et, en prédateur sournois, le bitume me frappa de toutes ses forces. Mon casque ridicule fut pris dans les entrailles du caniveau. Ma mère avait encore raison : « Mon fils, mets ton casque, il vaut mieux avoir l’air con qu’avoir l’air mort. »

C’est à ce moment-là que l’équilibre de mes pensées se brouilla. Une roue de vélo était devant moi, la roue du destin qui portait en selle comme une amazone prête à se jeter à la rescousse. Une belle et grande brune aux yeux d’un vert salvateur de tous les maux du monde. Mon bagout habile devint babil, ma bouche béante ne pouvait plus sortir qu’un filet de bave. Ahurit et sonné après ce coup violent, ce coup de foudre, ce coup de macadam. Un coup du destin. Comment pouvait-il en être autrement ? Sa main toucha la mienne, nos yeux se mêlèrent dans une complicité soudaine. Une fraction de seconde où le temps s’immobilise, où nos regards plongent au plus profond de nos âmes, pour y découvrir avec stupeur le paradis tant recherché. Mais des perturbateurs vinrent m’aider. Trop de monde, trop vite, elle prit peur devant cette agression généreuse d’empathie. Le pas étourdi, elle enfourcha son destrier tout chemin à la robe peinte d’un noir et blanc zébré tout en continuant de me fixer dans les yeux. Un rictus, puis un sourire et enfin. Cette seule et unique phrase prononcée par une voix tremblante d’une merveilleuse frayeur : « Je vous aime. »

Anesthésie radicale de la douleur, hardiesse digne des plus grands héros, amour qui frappe et fibrille à nouveau ce cœur gelé par la déception de trop d’histoires d’Ô qui sèchent les flammes du désir. Mais la vaillance du fou fût stoppée par la réalité d’un corps brisé. Je ne pus me relever. Zwing avait une entorse à la roue avant, un hématome au panier métallique et sa pédale droite était brisée en deux. Je partis aux urgences quittant mon ami attaché à un poteau, la sirène hurlait mon désarroi, ma cheville droite était voilée, ma main droite immobile était grippée et je déraillais complètement.

– Comment vous sentez-vous monsieur ? Me demanda l’ambulancier.

La lèvre saignante et la joue râpée, je répondis dans un sourire douloureux « Amoureux ».

Rien de cassé, mais interdit de bouger pendant minimum quinze jours, attelle au pied droit, attelle à la main droite, fesse droite et la joue d’un joli bleu violet, lèvres ouvertes et en prime un coquard… Zwing en attente d’un bloc opératoire à la Maison du vélo. Des maîtresses de ménage défilaient pour nettoyer ma vaisselle et relaxer mes sens. Mais ma libido était en berne, allongé à lire des phrases qui s ‘évaporaient dans le souvenir de cette femme dont je ne connaissais pas l’identité.

Samedi matin, comme un lion en cage, j’ hurle une souffrance de maux sans prénom. A mes cotés Sophie me regardait sans trop comprendre. « Ça va ? », me demanda-t-elle , les yeux ronds de surprise. Cette fille de dix neufs ans , modèle pour sous-vêtements, belle comme un cœur, féline te sensuelle me faisait dégoût, son corps nu sur mon lit attendait que le lion retrouve sa vaillance, que l’expérience de mes trente cinq ans et mon imagination plus que débordante resurgissent dans un élan de fougue et de passion pour lui offrir les plaisirs de la chaire. Mais ce corps paradisiaque n’avait à ce moment-là aucun goût à mes yeux, je ne pensais qu’à elle, elle, elle, elle, elle.   ELLE avait envahi la moindre de mes pensées, je ne pouvais plus fermer les yeux sans visualiser son visage, son « je vous aime » tremblant résonnait inlassablement. Trois jours où chaque seconde paraissait être une éternité. Sophie poussa un soupir d’ennui profond, ce fut la seconde qui fit déborder le vase.

La question était : «comment la retrouver ?

Mon corps en souffrance ne tiendrait pas le choc de plusieurs sorties à vélo. Un peu de colle et des affiches comme quand on a perdu un petit chat… Perdu grande brune aux yeux verts sur vélo zébré, forte récompense. Non, mais non, de l’imagination, de la folie, du romantisme, un texte d’amour, un slam et de la prosodie à déclamer et à placarder dans tout Toulouse… voici ma folie :

Quand l’ombre de mon vélo grince , sur l’asphalte humide glissent les roues voilées comme mes pensées crevées de tourner en rond. Je colle et placarde sur les murs ce louange à cet ange qui rue du poids de l’huile m’a vu glisser.

C’est sur cette chaussée prédestiné qu’à point l’amour nous a frappés.

Mon moral à zéro car mon corps brisé, sur ton zèbre vélo tu m’as lové de tes yeux en un instant enchantés ; envolés en un zeste, la rage et les pestes des douleurs du pavé. Ce fut le terminus de la zizanie sur la froideur de l’an-amour de mon cœur et de mon esprit. De ce plongeon si profond dans tes pupilles à effacer mon obscure apnée des rêves désenchantés, transformé en un oxygène de luminosité qui scintille. Nos âmes à livre ouvert dans cette instant figé, la musique de ta vie à la mienne raccordées comme deux histoires qui s’entremêlent, s’entrelacent sans aucun ‘doute’… pour lequel il n’y a pas de place. Mon être tout entier s’est envolé dans ma chute quand tes lèvres ont prononcé de « je vous aime » sincère et brut. Depuis le toi est mon unique abri, ma seule envie où je le parie sur le nous qui est un nœud qui se délie tendant vers un avenir moins flou. Avec ma patte folle et mon œil au beurre noir clos, ma main, mon pied sous attelle et l’ardeur de ma folie, j’ai pris la sage décision de ne pas être sage. Quand un mage devint fou, les calmes raisons s’enhardissent, les flammes des passions grandissent, et quand l’amour est la raison, la déraison n’est que justice. Ce coup de foudre me donne l’énergie de te retrouver, je te donne par cet indice le moyen de venir m’aimer.

De Nice à Marseille sur le degrés d’un angle droit, au quart du cent , et le nombre de joueur de la balle au pied.

Tendrement Alexandre.

Zigzag vélo de course aux allures bancales, aux roues voilées qui lui donnent un air de vélo ivre, m’attendait dans la cave. Dehors il faisait beau, la pluie avait cessé, un arc-en-ciel me donnait le cap de l’errance. Deux mille milligrammes d’antidouleurs, affûtage de ma rhétorique par une dernière lecture du texte à coller pour réveiller ma verve molle. Sac à dos avec trois bombes de colle dont une sur le porte-bidon, affiches sur un sac accroché au guidon, douleur relative, conviction certaine et motivation au maximum. La force est avec moi.

Les premiers coups de pédales se font ressentir, mais je fonce comme à mon habitude sans réfléchir et m’aperçois trop tard que ma main droite sous attelle ne peut pas freiner et que mon frein gauche est H.S. Trois cent mètres après mon départ je fus stoppé net par un buisson épineux devant le regard surpris de quelques personnes qui ne bougerons pas le petit doigt à venir me relever de mon triple salto double piqué avec réception allongée de face dans une flaque boueuse. Même pas mal… je repars avec Zigzag pour notre premier point de chute. Enfin… rue du poids de l’huile, à coté du capitole, les touristes me regardant boitant et collant mes feuilles à la bombe de la main gauche avec la dextérité d’un chimpanzé debout sur ses pattes arrière appuyé à une bicyclette qui porte très bien son nom. Un groupe d’Asiatiques ne trouva pas mieux que de me prendre en photo en cachette derrière les kiosques de la place Jean Jaurès. Devant un miroir de la rue des sept-Troubadours je surpris le poète crasseux de boue de la tête aux pieds, l’œil au beurre noir, une barbe de trois jours, les cheveux en pétard, une attelle par dessus un survêtement de beauf endimanché et un polo digne des Deschiens. Je repris ma course : Grand-Rond, St-Michel, Récollets jusqu’au Stadium ou un maître chien aboya plus fort que son animal, avenue de Muret, petite pause à la Prairie des Filtres, collage intensif quartier St-Cyprien. C’est sur la petite cote du pont St-Pierre que je sentis que chaque coup de pédalier était un coup d’épée, le bleu de ma fesse brûlait sur la selle, mon œil palpitait sous une couche de peau bleue qui me tirait. Je sentais mon pied qui enflait dans ma basket, mais rien à faire, le quai de la Daurade et ses multiples rues pleines de monde étaient le lieu idéal d’affichage.

Quatre heures de collage dans Toulouse et une heure dans le quartier à marcher sur un pied douloureux, les nerfs tendus par ce tiraillement constant. À regarder et passer au crible toutes les femmes qui me paraissaient insignifiantes mais qui se sentant épiées par ma laide personne me dévisageaient avec mépris. Sur la place St-Sernin je fus arrêté par la police, la souche à la main, les réprimandes plein la bouche sonnaient dans ma tête dans un son criard incompréhensible. Le doute s’installa en moi. Et si je ne la revoyais jamais, et si elle trouvait mon texte nul, et si sa timidité l’empêchait de m’appeler, et si en fait cela n’était juste qu’une illusion et que la revoyant je la trouve finalement banale et contraire à mes envies, et si et si et si. Leurs réprimandes n’étaient qu’un bruit de fond sur mes pensées. Puis, dans un grand trouble, je suis tombé les fesses par terre et je me suis mis à pleurer de toutes mes larmes pendant plusieurs minutes. Remis de mes émotions, une policière devant moi me regardait une feuille à la main. Touchée par ce dithyrambe elle me demanda juste après un compliment du regard de rentrer chez moi et de ne plus coller mes affiches. La police est partie et je me suis allongé à même le sol, le corps harassé, le moral dans les chaussettes et le cœur meurtrit de ce changement d’esprit soudain. Des voix et des ombres s’approchèrent de moi, des rires et de la joie, des clowns souriants me relevèrent et après un bref examen de mon état, ils m’emmenèrent boire une bière à la terrasse d’un café. Ces clowns militants m’avaient reconnu car nous avions lutté ensemble pour des causes similaires. Et après une bien haute de mon texte devant l’assistance, ils me proposèrent de militer pour la solidarité de l’amour en collant eux même mes affiches. J’étais ému, fatigué et plein de doutes, prêt à rentrer chez moi, quand de mon œil encore vivant, je vis le zèbre passer au loin. Alors j’ai hurlé : « C’est elle ! C’est elle ! » Je me suis mis à courir comme un fou pour décrocher Zigzag et détaller comme un dingue pour prendre à fond la rue du Taur en sens inverse sur les pavés. Pour éviter une voiture, je pris le trottoir mais sortant d’un restaurant, des gens se retrouvèrent en face de moi. Gros coup de frein de la main droite, qui devait passer une radio car le scaphoïde était sûrement brisé. Zigzag se stoppa net devant la surprise de ce groupe horrifiés de me voir débouler et par mon atroce hurlement de douleur. Je suis reparti comme l’éclair, prenant la rue Saint Rome bondée de monde, le zèbre était à une cinquantaine de mètres de moi, ma bouche aux lèvres gonflées m’empêchait de crier. Elle pris à droite en direction du Pont Neuf et tourna quai de Tounis. J’y arrivais bientôt en tournant à toute allure et vis un vélo au loin prendre à gauche. Dans ma tête un seul mot d’ordre : ne pas la perdre, ne pas la perdre, ne pas la perdre. Alors dans cette ultime douleur, je me mis en position de danseuse pour prendre cette descente de toutes mes forces et le plus vite possible. Au moment de tourner, une voiture arriva. Coup de guidon et volte-face pour partir en vrille dans la force centrifuge contre un platane.

Il y a des gens qui revivent leur vie en une seconde, dans un flash-back. Étrangement, ce n’était pas ma vie dont il était question mais de mes cinq vélos brisés. Mon premier bicross qui finit sa course explosé dans un bassin d’eau gelé qui devait à l’origine être vide. Mon premier VTT d’une sous sous-marque qui eut la joie, après des heures de réglages et d’exaspération, de finir en sculpture. Mon deuxième VTT qui se suicida d’un pont, jeté après une colère de déception amoureuse. Zwing, blessé après une chute heureuse et Zigzag virevoltant une dernière fois avant le chaos.

Mon visage frappa du coté gauche, ma main gauche fit un CRAC digne d’une onomatopée de BD, et je finis écroulé, les jambes en l’air, allongé sur mon vélo. Alors je me mis à crier à gorge déployée dans la plus joyeuse souffrance. Une roue de vélo devant moi, une voix douce me souffla : « J ‘ai cherché toute la journée dans Toulouse le grand fou blessé que je cherchais moi-même depuis trois jours. Aujourd’hui j’ai lu ce texte dix fois, l’odeur de la colle était fraîche, j’avais envie de te retrouver autrement que par un appel téléphonique. Et là, je t’ai vu passer comme un fou, je venais de m’arrêter, je suis remontée en selle et j’ai prié pour que tu t’arrêtes. Ma prière fut trop forte. »

Puis elle se pencha sur moi, embrassa ma bouche tout doucement. Toutes mes douleurs s’évanouirent par enchantement. Elle caressait mon visage, ses yeux plongèrent dans les miens, c’était comme un bain de jouissance.

– Comment te sens tu ? Me murmura-t-elle.

– Amoureux !

L’ambulance démarra après ce cours instant magique. Dans ma poche un joli mot d’amour signé Jade. Mon cœur était léger comme les jambes de ma bien aimée qui rattrapa l’ambulance pour me crier : «  Je t’aime » des dizaine de fois.

L’ambulancier était le même que trois jours plus tôt. Les nerfs détendus, je me suis enfin assoupi sur cette dernière phrase : « Vous avez de la chance vous, une belle nana avec un fameux coup de pédale. »

 

vélo zebre Photo de: Jean-Marie MAUFROY (Pour en savoir plus cliquer sur l’image)

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Ce texte a gagné le droit d’être diffusé avec quatre autres nouvelles dans un petit livre. Concours organisé par la sublime Maison du vélo à Toulouse que vous pouvez découvrir ici: http://www.maisonduvelotoulouse.com/

Le Texte devait commencer par: « Quand l’ombre de mon vélo grince » et se terminer par « un fameux coup de pédale »

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Merci